Journal Faxé d'Hépato-Gastro-Entérologie
LA CHECKLIST HAS «SECURITE DU PATIENT EN BLOC OPERATOIRE» (1) NON APPLICABLE DANS LES CENTRES D’ENDOSCOPIE DIGESTIVE

      Dès janvier 2010, la checklist de la HAS est applicable en France dans tous les établissements de santé qui disposent d’un bloc opératoire, sa mise en place sera vérifiée par les experts visiteurs dans le cadre de la certification à travers la V2007 et la V2010. Cette checklist, établie d’après un programme de l’OMS pour réduire de moitié les complications lors d’interventions chirurgicales et se basant sur une étude princeps, nous y reviendrons, par un groupe de travail réunissant chirurgiens, anesthésistes, infirmiers, fédération d’établissements hospitaliers et fédération de patients, repose sur 10 critères qui ne sont absolument pas modifiables. Un certain nombre d’établissements veulent dès à présent appliquer, ex abrupto, cette checklist aux centres d’endoscopie digestive.
      Le SYNMAD a toujours été un ardent défenseur de la démarche qualité et de l’amélioration des pratiques professionnelles. Mais pour qu’un outil d’évaluation soit efficient, il faut qu’il réponde à plusieurs critères et notamment ceux relevant d’un problème de santé publique, source d’amélioration potentielle, utilisant un indicateur simple et facilement identifiable. Le travail initial, publié en 2008 dans The New England Journal of Medicine (2), a testé l’efficacité d’un tel outil au travers d’une étude «avant / après», menée sur près de 8 000 interventions chirurgicales réalisées dans 8 pays, sur une période courte de moins d’un an. Les résultats ont été analysés en termes de mortalité et de survenue de complications graves et pré-identifiées. Certes, les résultats bruts sont édifiants puisque l’on a vu baisser le taux de mortalité de 1,5 à 0,8% et le taux de complication a chuté de 36% en moyenne. Si l’on stratifie l’étude sur les pays industrialisés, la mortalité diminue de manière non significative mais le taux de complications, lui, diminue significativement de 10,3 à 7,1% (P<0.001%). Ce travail conclut à l’amélioration des résultats chirurgicaux grâce à la checklist, mais elle ne permet pas de préciser les mécanismes vraisemblablement multifactoriels de tels résultats, les pistes suggérées par les auteurs évoquent, d’une part, des améliorations systémiques (mise en œuvre de l’antibioprophylaxie et des mesures de sécurité anesthésiques…) et, d’autre part, des changements comportementaux au sein des équipes.
      Une analyse plus fine de cette étude laisse néanmoins perplexe sur certains points.
            1. L'analyse par site géographique (4 dans les pays riches et 4 dans les pays pauvres), en s’attachant à 3 complications «phares» (infection du site opératoire, ré-intervention, pneumonie) et à la mortalité montre que, pour les pays riches, un seul centre améliore ses résultats sur pratiquement tous les items et avec une forte amplitude, pour deux centres pour les pays pauvres.
            2. Lorsque l’on mesure le respect des procédures «avant / après», on observe que le centre qui améliore fortement ses résultats avait déjà un respect maximal avant l’introduction de la checklist, qui ne modifie donc en rien sa pratique courante (l’amélioration de ses performances reste donc mystérieuse !).
      La transposition en France des conclusions de cette étude paraît un peu hâtive, compte tenu des questions qu’elle soulève quant à sa méthodologie et ses résultats, en particulier dans un pays à haut niveau de sécurité. Une étude nationale de même type eut été la bienvenue avant cette décision.
      L'application à des spécialités non chirurgicales mais médico-techniques comme l’hépato-gastroentérologie est inacceptable en l’état puisque seules des interventions chirurgicales ont été testées dans cette étude. D’autre part, un certain nombre de fautes évitées sont sans objet pour notre pratique (nombre limité de techniques, risque d’erreur de type d’intervention d’endoscopie rarissime, risque d’erreur de coté ou de type d’installation du patient impossible, pas de décompte de matériel pouvant être oublié). Néanmoins, un certain nombre d’items méritent discussion et l’on pourrait proposer ici l’identification du patient, l’identification des prélèvements anatomopathologiques, la gestion des antiagrégants/anticoagulants et l’antibioprophylaxie. Une checklist adaptée et extrêmement simplifiée pourrait être utile, pourquoi pas pour l’endoscopie interventionnelle, en rappelant ici que nous n’exerçons pas en bloc opératoire où les recommandations de la HAS s’appliquent pour l’instant exclusivement.
      Le SYNMAD recommande donc de ne pas appliquer en l’état une checklist dans les centres d’endoscopie digestive mais d’attendre les conclusions d’un groupe de travail regroupant la HAS, la SFED et le SYNMAD.


Docteur Thierry HELBERT
Président du SYNMAD
Janvier 2010 
Références : 1- HAS : Checklist « sécurité du patient au bloc opératoire » version 2010-01. 2- Haynes A.B, Weiser TG, Berry WR et al. N Engl J Med 2009;360(5):491-499
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