Journal Faxé d'Hépato-Gastro-Entérologie
COMMENT CONTINUER À SOIGNER LES PATIENTS ?

      C’est la question que l’on doit légitimement se poser face aux déferlements médiatiques avec les mises en cause des soignants, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à tous les niveaux de l’exercice médical : infections nosocomiales, accidents médicaux, information des patients sur les dépassements, refus de soins… Les technocrates et les politiques ont enclenché, depuis un an, une machine infernale qui va finalement se retourner contre l’intérêt des patients. La manipulation par quelques-unes des associations de patients ne fera qu’aggraver ce phénomène.
      En effet, les accidents médicaux et les erreurs font malheureusement partie du progrès médical. Il est du devoir de chaque soignant d’essayer de limiter les effets indésirables des techniques médicales et chirurgicales mais, il faut rappeler la complexité de nos métiers, la responsabilité individuelle de chaque médecin face à son patient ainsi que le nombre d’heures que nous consacrons chaque semaine à notre profession, directement ou indirectement, et qui va bien au-delà de l’horaire moyen de travail de nos concitoyens. Ce déferlement médiatique, encouragé par quelques urgentistes de droite (Ph. Juvin) ou de gauche (P. Pelloux), va immanquablement, à terme, se retourner contre les patients. À titre d’exemple, lors d’un séminaire de réflexions sur l’évolution de l’endoscopie digestive, au niveau mondial, qui s’est tenu la semaine dernière à Orlando à propos des techniques de mucosectomie, de dissection endoscopique, un confrère américain de la Mayo Clinic approuvé par l’ensemble de ses collègues, a dit qu’il était impossible aux Etats-Unis tant, pour des raisons légales que financières, de développer, d’une manière systématique, les techniques mises au point par nos confrères japonais car elles n’étaient pas suffisamment rémunérées par rapport aux actes d’endoscopie diagnostique avec, bien sûr, le sous-entendu du coût du risque médico-légal auquel sont confrontés nos confères américains. Si le gouvernement continue à encourager, pour des raisons de politique politicienne, ce déferlement médiatique, aucun hépato-gastroentérologue libéral ne pourra bientôt prendre le risque d’un traitement d’endoscopie thérapeutique long et complexe.
      L’information sur les dépassements dont nous publierons, la semaine prochaine, le mode d’emploi correspond également à une décision administrative absurde. La plupart d’entre nous respectait la loi, affichait les honoraires, délivrait des devis à leurs patients mais demander aux hépato-gastroentérologues de fournir un devis au moment de l’ouverture du dossier médical pour le patient venant pour la première fois en consultation, relève de l’incompréhension des relations médecins-malades et tourne à des procédures absurdes. Le patient recevra donc un devis donné par la secrétaire, vraisemblablement, nous encouragerons une signature pour garder une preuve tangible que le patient a bien été informé. Quelle belle relation de confiance, surtout au moment où l’Assurance Maladie met sur «Info soins» les tarifs des praticiens.
      Plus encore, dans son projet de loi «Hôpital, Patients, Santé et Territoires», qui aurait dû se limiter à l’hôpital tant la tâche est importante, le gouvernement veut mettre un article permettant aux patients ou aux associations de patients de porter plainte en cas de refus de soins c’est-à-dire pour les patients bénéficiant de la CMU. Dans le cadre de cet article, en cas de plainte par le patient, c’est le médecin qui devra apporter la preuve de l’absence du refus de soins. Lorsque l’on connaît les difficultés relationnelles avec un petit nombre de nos patients bénéficiant de la CMU, cet article va entraîner des contentieux multiples et inutiles. Il faut regretter que le Conseil de l’Ordre n’ait pas été plus efficace vis-à-vis du faible nombre de nos confrères qui ne respecte pas le devoir déontologique de recevoir tous les patients, quelle que soit leur condition financière. Il serait plus judicieux de favoriser la dénonciation et les poursuites par les associations de ces confrères, soit dans le cadre ordinal, soit en favorisant la saisie de l’Ordre par l’Assurance Maladie ou les associations mais, en aucun cas, en ayant recours à une exception juridique face à l’ensemble des lois françaises.
      Comme nous l’avons fait la semaine dernière à l’Assemblé Nationale, tous ceux d’entre vous qui ont la possibilité d’approcher un député ou un sénateur doivent les interpeller pour leur faire comprendre que la loi qu’ils vont voter risque d’entraîner, dans un premier temps, un préjudice pour nos concitoyens et immanquablement, dans un deuxième temps, pour les électeurs et les élus. Nous serons amenés à leur demander des comptes, comme nous l’avons fait en 1997 après avoir bataillé, avec succès, contre certaines erreurs du plan Juppé. La réforme des structures hospitalières est indispensable, elle doit se faire avec une meilleure écoute des praticiens. La coopération ville-hôpital doit être améliorée mais, certainement pas en mettant, dans la loi, des carcans administratifs et juridiques.


Docteur Jean-François REY
Président du SYNMAD
Janvier 2009
 
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